Raison 76: Parce que tu n’as pas toujours besoin d’une raison

Parfois – souvent – c’est plus fort que toi. C’est carrément irrationnel. Tu as juste envie de le faire, sans vraiment savoir pourquoi. Surtout quand tu n’as aucune idée à quoi t’attendre. Alors GO. Tu y vas. Et surtout, tu ne te poses pas trop de questions, parce qu’à trop réfléchir ou te chercher des raisons, tu pourrais t’empêcher d’agir, comme tant d’autres le font…

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Raison 75: Parce que tu es non-conformiste

De l’extérieur, je n’ai probablement pas l’air d’être bien différente de la normale. Je ne suscite pas vraiment l’attention (en tout cas, c’est ce que je crois!).

OK. Je suis souvent décoiffée peut-être, pas trop maquillée, parfois avec des vêtements dépareillés, mais rien d’extravagant. On m’a même déjà qualifiée de « mainstream ». Ça m’a traumatisée.

Ceux qui me connaissent bien savent cependant que, dans ma tête, je ne marche pas tout à fait dans les mêmes chemins. Sur mon côté givré, je suis à la fois tatouée et percée, je porte des rastas, je suis végétarienne et je marche avec des mocassins. Seulement, je ne ressens pas le besoin de l’afficher.

Ces personnes ne s’étonneront pas le jour où je vais plier bagages, avec le sac-à-dos, mon chum et mes quatre enfants (… quatre ?). Je suis comme ça : imprévisible, indépendante, hippie, impulsive… Je me méfie des modes et des idées prémâchées, des opinions toutes faites, des normes et des règlements (même si je finis presque toujours par les respecter…). C’est peut-être même pourquoi j’ai décidé de vivre en banlieue plutôt en qu’en beau milieu du centre-ville, quand j’y pense. Un esprit bohème dans un bungalow : c’est loin des stéréotypes connus!

Sous mon air gêné (qui est bien réel malheureusement), j’explose de projets, d’idées, de créativité et de convictions. J’admire les marginaux, les artistes, les voyageurs, les travailleurs humanitaires, les petits entrepreneurs : ceux qui ont le courage de vivre pleinement et au quotidien leur liberté de penser, qui défient la société de consommation et cherchent à donner du sens à chacune de leurs actions. Au fond de moi, je rêve que mes enfants aient une crise d’adolescence difficile à gérer, qu’ils contestent bien fort mon autorité, remettent en question leur société… même si je sais pertinemment que l’égarement n’est jamais bien loin de celui qui s’aventure en dehors de la voie aménagée… et que ça me prendra tout mon petit change pour vraiment l’accepter!

Je crois donc que j’aime la course de longue endurance parce qu’il y a quelque chose de marginal, d’extrême et d’anti-conformiste à courir en forêt pendant des heures, sans raison évidente… surtout pour une fille. Faire des courses de ce genre, ça déstabilise et bouscule les standards établis. Ça oblige à faire des choses non conventionnelles, comme courir des demi-marathons pour aller travailler, se déplacer à pied, en vélo ou en patins à roulettes pour aller à l’épicerie, à l’aquarium ou chez la famille et des amis, à faire du camping avec un nouveau-né, à avoir les orteils crochus, les genoux écorchés et les pieds croûtés, à s’entraîner parfois en plein milieu de la nuit, à manger des trucs bizarres, à des heures incongrues…

J’aime la course d’endurance parce que je vide ma tête du superflu. Je reviens à l’essence brute de ma personnalité, avec mon sac-à-dos, mes idées et ma liberté de penser… et je me mets à rêver… de tattoos et de voyages humanitaires, aux aventures de Sylvain Tesson et Alexandre Poussin, à de grandes tablées d’enfants, à mon petit café…

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Raison 74: Tu te fous de ce que les gens peuvent penser

Quand on fait des choses qui sortent de l’ordinaire ou qui ne correspondent pas à la norme socialement acceptable, il faut s’attendre à toutes sortes de réactions. C’est bien évidemment le cas lorsqu’on se met à courir des distances… irrationnelles.

Dans les médias, lorsque ce sont des athlètes qui nous sont étrangers qui relèvent de semblables défis, on s’en impressionne et on les érige en modèles. Mais quand ce sont des gens de notre entourage qui s’y mettent… Ma-lai-se! Après la curiosité, vient souvent le jugement de gens qui ne comprennent pas pourquoi on peut s’intéresser à de telles activités.

Alors que certains sont persuadés qu’on se détruit la santé et tenteront peut-être même de nous dissuader de continuer, d’autres nous accoleront des étiquettes de freaks ou d’obsédés, ou s’imagineront que toute notre vie tourne autour de cette activité qui nous rend complètement déséquilibrés… On ne se le cachera pas, même si la plupart des gens seront polis, et que plusieurs s’enthousiasmeront même publiquement: entre eux, le voisin et la boîte à pain, vous serez sans doute un bon sujet de conversation pour du placotage de salon ou de machine à café.

Personnellement, je sais que certaines personnes de mon entourage hésitent à m’encourager dans ma réalisation personnelle en ultratrail. Regard étrange, silence radio sur les médias sociaux, questions tranchantes et commentaires acérés. La faute de la méconnaissance, de l’incompréhension … ou même de la jalousie ?

J’ai interrogé quelques autres coureurs autour de moi en me demandant si j’étais la seule à avoir une impression de malaise, à l’occasion, quand je parle d’ultratrail à des gens que je côtoie, et il s’avère que c’est plutôt répandu. Soulageant? Oui et non. Heureusement, c’est un sport que de plus en plus de personnalités démystifient publiquement, et que de plus en plus de gens bien ordinaires pratiquent, ce qui aide à en accroître l’acceptabilité sociale avec le temps.

Quoiqu’il en soit, je me fous de ce que les gens peuvent penser… en font foi mes bas souvent dépareillés! J’aime ça les défis d’ultratrail, je ne fais de mal à personne, alors je continue !

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Raison 73: Une façon d’intégrer la méditation dans sa vie

Quelqu’un m’a fait réaliser récemment que l’état d’esprit que je ressens en trail se rapproche de la méditation, une activité reconnue pour libérer les capacités du mental et accroître le niveau de bonheur et le sentiment de plénitude. Je dois admettre que la faculté de concentration requise pour courir de longues distances, associée à une respiration profonde et régulière, m’amènent presque naturellement dans un état second. J’oublie le temps qui passe, mes mouvements deviennent inconscients et presque automatiques… J’apprends à gérer mes émotions, à contrôler mon mental, à résister aux difficultés, à visualiser des objectifs… comme les personnes qui pratiquent la méditation.

L’ultratrail serait donc aussi une façon d’intégrer la méditation dans sa vie, soit de muscler son cerveau et son esprit tout autant que ceux du cœur et du corps! Le meilleur des mondes pour les gens comme moi qui ne peuvent rester trop longtemps assis!

Esprit-calme.fr

Esprit-calme.fr

Raison 72: Tu apprécies passer du temps seul

La course de trail est pour moi un moment d’évasion, loin du bruit et de la pollution de la ville, des sollicitations et des émotions du quotidien. Un moment de sérénité, où je m’isole dans ma bulle, dans le calme et le recul. Je suis comme ça : j’ai besoin de ma dose de solitude, qu’il n’est pas toujours facile de trouver dans une vie bien remplie. Dans les courses d’endurance, on peut passer de longues périodes sans croiser âme qui vive. J’apprécie ces moments, au cours desquels je reconnecte avec mes émotions, je cultive des idées et des projets, je fais le point sur ma vie, mes besoins, mes objectifs ou ma situation. Je pense ou j’erre d’une imagerie à une autre, quand je ne fais pas totalement le vide…

Et puisque les entraînements sont relativement nombreux, il faut aussi avoir la motivation de courir seul(e) de manière générale, car il n’est pas toujours facile de trouver des partenaires avec les mêmes horaires et trajets, les mêmes disponibilités et les mêmes intérêts.

Les rencontres en sentiers, en entraînement, ou tout simplement au fil d’arrivée et dans les clubs et réseaux de courses, deviennent même plus mémorables et significatives par la suite.

Raison 71: Tu peux courir (longtemps) sans musique dans les oreilles

Règle générale, les écouteurs ne sont pas permis dans les courses de trail. Question de sécurité. On doit pouvoir entendre notre environnement et les autres coureurs, au cas où on croiserait des animaux sauvages ou qu’une personne se blesserait, par exemple. Comme les sentiers sont souvent étroits et accidentés, les dépassements peuvent également être difficiles. Il faut donc manifester ses intentions au coureur devant nous pour qu’il se range sur le côté pour nous laisser passer, quand il ne prend pas cette initiative en nous entendant arriver. Avec de la musique dans les oreilles, cette communication entre les coureurs serait bien entendu plus ardue et pourrait provoquer des frustrations inutiles, voire des accidents. Et puis, sans écouteurs, on s’ouvre aux opportunités d’échanger avec des coureurs et de tisser de nouveaux liens d’amitié. On peut faire de longs bouts de chemin avec les mêmes personnes et le rythme de croisière nous permet normalement de maintenir une légère conversation.

Que fait-on, donc, quand on aime se crinquer au rythme de la musique? Ses vertus ont tout de même été démontrées au niveau de la performance sportive, en réduisant la sensation de douleur et de fatigue, en aidant à la concentration mentale et en augmentant l’intensité de l’effort!

Personnellement, je fais tourner dans ma tête des chansons entraînantes pendant des heures et des heures…

Mon top 5 des meilleures chansons pour courir longtemps, au meilleur rythme possible ? Ok, j’ai un faible pour les chansons des années 80!

L’avantage par rapport aux écouteurs? Pas besoin de préparer de play list, d’ajuster le volume, de peser sur un bouton pour changer de chanson ou d’acheter des batteries; je peux rejouer le refrain à répétition et bien écouter les signaux de mon corps et ma petite voix intérieure dès que j’en ai besoin!

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Raison 70: Tu peux t’entraîner à l’année!

Il y a des sports qui ne se pratiquent que l’hiver, comme le ski ou la raquette; d’autres seulement l’été, comme le vélo de montagne ou le kayak.

On pourrait croire que la course en sentiers fait partie des activités exclusives au soleil estival.

Laissez-moi vous surprendre! Il est désormais possible de s’entraîner à l’année en trail grâce à la création récente de nouvelles courses en sentiers… sur neige! Et non, il ne s’agit pas de course de raquettes, mais bien d’activités en espadrilles (avec ou sans crampons). Je fais ici un peu d’autopromotion, car Pierre-Luc et moi, en partenariat avec Horizon 5 Plein air, organisons depuis l’an dernier le Trail de la Nuit polaire, en janvier, une course dans les sentiers du club de ski de fond La Balade, à Saint-Jean-Chrysostome (un superbe centre de ski de fond à 20 minutes du centre-ville de Québec!).

Non seulement de tels évènements donnent l’occasion d’exercer son loisir préféré en plein coeur de la saison froide, mais l’expérience est « rafraîchissante » et hors de l’ordinaire, avec feu de bois à l’extérieur, lampe frontale, dégustations de produits locaux, vin aux épices et chocolat chaud.

Je vois d’ailleurs de plus en plus de commentaires et de questions circuler sur les médias sociaux sur la manière de s’habiller et de se chausser pour courir en hiver. Signes que l’hiver n’est pas une raison pour s’encabaner! Merveilleux. Nous sommes tellement chanceux de vivre au Québec, avec ses quatre saisons distinctes!!

OK. Nous sommes encore loin des courses de trail de longue endurance sur neige… mais disons que la neige et le froid augmentent déjà le degré de difficulté, ce qui nous rapproche du défi mental d’une course d’ultratrail ;)

Vous vous demandez comment vous chausser ou vous habiller pour courir en hiver?

Voici des capsules réalisées en collaboration avec le Coureur nordique:

On se voit samedi le 24 janvier ? J’ai hâte!!

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Raison 69 : Ultra-Trail Harricana de Charlevoix

C’est avec beaucoup de recul que je reviens sur ma course du Ultra-Trail Harricana de Charlevoix. Plusieurs avant moi ont déjà rédigé avec détails et passion leur expérience. À lire : le blogue de Joan Roch (joanroch.com/author/joanroch), ledernierkilometre.com ou celui de Marlène Couture : lesaventuresdemarly.blogspot.ca.

Mais parce que chaque coureur a son histoire, et que le UTHC représente pour moi une excellente raison de courir des trails de longue endurance, je me permets d’y aller aussi de ma propre expérience.

Vendredi 12 septembre

Reculons donc en arrière un peu. Non pas au samedi 13 septembre, jour de la course, mais bien au vendredi 12 septembre. L’air est frais; le soleil, radieux. Pierre-Luc et moi prenons la route de Rivière-du-Loup, où nous laisserons notre plus grand garçon à sa grand-maman, qui l’amènera à son tour à Matane pour plusieurs jours de surprises et de gâteries. Le plus jeune est resté à Québec, chez l’autre grand-maman. Parce qu’on ne se le cachera pas : courir en trail de longue endurance requiert toute une logistique familiale!

Nous rejoignons des amis au quai de Rivière-du-Loup, de même qu’une dizaine d’autres coureurs, qui prendront le traversier vers Saint-Siméon avec nous. Quelle bonne idée que de prendre ce traversier! Sans les enfants, à se laisser bercer par les vagues, le vent balayant notre quotidien loin de nos pensées, on profite du moment en amoureux. On se retient fort de commander un verre de vin (vous avez sans doute déjà remarqué que les prix des produits gonflent quand on quitte le plancher des vaches), et on respire à grandes bouffées l’air de la mer. Aussi bien dire que la fin de semaine commence bien!

C’est la première fois que je mets les pieds au Mont Grand-Fonds, un joli centre de ski de fond et de ski alpin. Le chalet principal, en bois, est spacieux et confortablement organisé. Je mijote déjà de nouveaux projets pour l’hiver…

Nous sommes fébriles à notre arrivée sur le site, juste à temps pour la réunion d’avant-course. Florent Bouguin, président d’honneur, y va d’un discours toujours aussi inspirant et articulé, qui attise encore plus notre impatience et notre curiosité. C’est aussi un bonheur de croiser d’autres coureurs avec qui nous avons tissé des liens d’amitié par le passé.

Avant de monter la tente au camping des Chutes Fraser, nous décidons d’aller manger des pâtes au Mikes de La Malbaie. Le service sera rapide. Ce ne sera pas trop cher. Pas de souci. Erreur. Les employés du restaurant ne savaient pas qu’un événement de course à pied se tenait dans leur région en fin de semaine, et ils ne fournissent plus à la tâche. Nous y attendrons plus d’une heure pour recevoir notre spaghetti, après avoir attendu une demi-heure pour donner notre commande. Ah et puis à quoi bon se plaindre. Nous sommes en vacances après tout. Une heure de sommeil de plus ou de moins quand tu n’en dormiras pas assez de toute façon, est-ce que ça fera vraiment une différence? Et si jamais ça fait une différence? Que voulez-vous qu’on y fasse? C’est la vie. On ne contrôle pas tout. Ça rendra le défi plus intense, imprévisible, drôle à la rigueur, parce que nous aurons des anecdotes à raconter! Et ça nous aura donné le temps de boire un petit verre de vin… de plus! Pour mieux dormir :)

Je me garde un tiers de spaghetti pour mon déjeuner d’avant-course, à 2h du matin. Eh oui! Je sais que je le digère bien, que les pâtes me donnent les sucres lents dont je vais avoir besoin et que je n’aurai pas faim pendant un bon bout de temps.

Le matin de la course

À 3h du matin, nous sommes 246 coureurs à nous disperser dans les autobus qui nous conduiront à la ligne de départ. Le 65 km et le 80 km suivent le même trajet, sauf que les coureurs du 80 km, une fois arrivés au Mont Grand-Fonds, repartent pour une boucle de 16 km, en empruntant les pistes de ski alpin (!). Cette idée me fait peur. Passer si près du but et devoir repartir. Entendre l’euphorie du fil d’arrivée et ne pas pouvoir le franchir… Savoir que la tentation nous attendra lorsque notre esprit sera plus faible et fragile…

Nous arrivons à l’avance au site de départ, où nous pouvons aller aux toilettes, ce que je n’arrive pas à faire à mon plus grand désarroi. Cela signifie que je devrai arrêter en chemin. C’est inévitable et me déçoit rien que d’y penser. Mais c’est la vie, encore.

Il fait frais dehors, et chacun y va de son choix pour s’habiller. Je me change environ trois fois dans l’autobus. Peur d’avoir froid, d’avoir chaud, de devoir arrêter pour me changer. Puis je repense à une dame qui m’a dit un jour « Je préfère avoir un peu froid. Ça me fait avancer plus vite et puis, je suis sortie de mon salon pour sortir du confort de mon salon! ». Pas faux. J’observe Florent Bouguin et Jeff Gosselin et décident de les imiter. Je porterai un t-shirt avec des avant-bras (c’est utile finalement ce gugusse là!).

Je ne regretterai pas mon choix.

La course

Quelques secondes avant le coup d’envoi de la course, dans une profonde noirceur, je n’ai aucune idée à quoi m’attendre. Je n’ai pas regardé la dénivellation, ni la description du parcours, ni les récits des coureurs des années passées. Je ne sais pas qui exactement est dans le peloton de coureurs ou combien nous sommes.

J’ai préféré vivre dans le déni, plus ou moins consciemment.

Je crois que j’avais peur de savoir. J’ai choisi l’ignorance et la naïveté à la possibilité de me faire influencer par de possibles déductions ou pensées négatives. Et savez-vous quoi? Je réalise que je fais cela à tout coup, à chaque course. Comme pour me protéger, me faire ma propre opinion. Vivre le moment présent au fur-et-à-mesure. Comme pour m’assurer de ne pas trop prendre cela au sérieux. Parce que je ne veux surtout pas que ça devienne sérieux. C’est un loisir après tout.

Mon seul objectif : faire de mon mieux, terminer l’épreuve fière de moi et avoir du plaisir tout au long de la course. C’est déjà beaucoup!

Le pari aura été réussi. Je n’aurai eu que des pensées positives tout au long des 9h47 minutes que m’aura pris le trajet.

Il faut dire que je me sens terriblement bien ce jour là. Je l’attends depuis si longtemps. Le parcours est beaucoup moins difficile que ce que j’aurais pu penser. Je m’imaginais des sentiers beaucoup plus techniques et abruptes. Je vois finalement les kilomètres descendre relativement rapidement sur des sentiers de terre roulants et larges. Une chanson qui avait joué dans l’autobus quelques minutes avant le départ tourne dans ma tête pendant au moins 3 heures, le refrain me crinquant à blocs très longtemps. Jusqu’à ce qu’une nouvelle chanson prenne le relais, sortie de nulle part dans les dédales de mes souvenirs. Ne me demandez pas de quelles chansons il s’agissait. Je ne sais même plus…! Haha

Les ravitos sont impressionnants. De véritables buffets de roi avec des dizaines de choses à boire et à manger : sucrées, salées, énergétiques, désaltérantes. Je prends deux ou trois morceaux de patates et des gnocchis avec du sel (c’est si bon!), que je grignote en route pendant les kilomètres suivants. Je m’arrête le moins longtemps possible et le fais presque par politesse envers cette organisation magnifique. Je n’aime pas arrêter en cours de route. Ça casse le rythme et rend les redémarrages parfois pénibles.

On m’informe vers le 28e km que je suis la première femme du 80 km. Il doit y avoir une erreur. Ils n’ont pas remarqué les premières femmes car elles sont passées trop vite. Je ne cours pas si rapidement, il me semble. J’ai un bon rythme, mais pas celui d’une athlète ! Quoiqu’il en soit, je continue mon petit bout de chemin et l’idée de terminer 1ère commence petit à petit à me galvaniser. Et si c’était vrai? La possibilité de relever le défi au-delà de mes attentes me motive et je continue, en donnant le meilleur de moi-même, tout en me disant que je suis peut-être la seule femme du 80 km en fait! Ça expliquerait bien des choses!

Au détour du 40e kilomètre, ou peut-être le 50e, peu importe. J’aperçois Lucile, la première femme du 65 km, à quelques dizaines de mètres devant moi. Je me demande si je dois accélérer, idée de la dépasser et de chercher à finir, aussi, la première femme du 65 km. Je me ramène rapidement à la raison. À quoi bon? Au risque de casser, de perdre « mon rythme » et de tout gâcher? Le défi n’en vaut pas la chandelle. Elle m’aura peut-être aperçue à son tour, car elle semble avoir accéléré le pas à un certain moment, et je ne la revis plus de la course. Elle aura d’ailleurs fini le 65 km bien avant moi!

Je reste donc concentrée sur le sentier, mon corps, ma motivation. Ça va toujours très bien. À quelques kilomètres de l’arrivée du 65 km, l’idée de bifurquer vers les spectateurs et de terminer la course m’effleure tout de même l’esprit. J’en ai eu assez, il me semble. Est-ce vraiment nécessaire de repartir? Quelles seraient les conséquences? Pas grand chose, sinon que je ne serais pas fière de moi… Et c’est déjà beaucoup trop pénible à envisager pour que j’abandonne. L’idée d’avoir à vivre avec l’échec m’aide à me recentrer. Quand j’aperçoit Pierre-Luc, qui m’attend pour faire la dernière boucle avec moi, pimpant, motivé, heureux et fier de moi comme jamais, j’ai envie de repartir pour un autre 65 km avec lui (je l’aime tellement!).

Mais il m’informe que la 2e fille du 80 km est non loin derrière. Moi qui ne voulais pas me mettre de la pression avec cette course, voilà que les enchères ont monté et que les attentes sont dorénavant élevées… Je profite de la présence de Pierre-Luc pour me faire raconter les nouvelles de la journée pendant que j’étais dans le fond du bois et que la Terre continuait à tourner. Pour la première fois depuis le début de la course, j’ai envie de me changer les idées pour ne pas voir les kilomètres passer. Courir comme un robot, jusqu’au fil d’arrivée. Ça a marché.

Que d’émotions en franchissant le fil d’arrivée! Tous ces gens si fiers de moi, à en pleurer! Et moi, si contente d’avoir accompli ce défi! Photos, entrevues dans les médias, trophée, pluie de courriels et de messages sur les médias sociaux.

Il y a des gens qui font tant de belles choses et qui n’ont pas cette attention. Je me suis demandée si je la méritais vraiment. Au fond de moi, j’avais cette étrange impression de vivre l’expérience de quelqu’un d’autre, comme une imposteur, l’heureuse bénéficiaire d’une erreur.

Je savais que la chance y était pour beaucoup dans ma première place et j’ai appris sans surprise que les meilleures athlètes féminines de trail au Québec étaient ou bien absentes ou sur d’autres circuits (28 km, 65 km).

Quoiqu’il en soit, tant mieux pour moi. Ça m’aura permis de goûter un rêve quelques instants! Et je dois dire que peu importe notre positionnement, l’UTHC est une course superbe, accessible, extrêmement bien organisée, pour une cause très motivante, avec des bénévoles hyper crinqués et qu’on ne veut surtout pas manquer.

On s’y voit l’année prochaine?

Anecdotes en vrac

 1- Je m’attendais à croiser un orignal, ou un ours. Je me serai plutôt fait attaquer par un essaim d’abeilles, qui m’ont piqué à plusieurs endroits. Ayoye! Ça saisit! Et ça chauffe!! L’image de la mairesse de La Prairie décédée cet été, piquée par une quinzaine d’abeilles sans même être allergique à celles-ci, m’a fait « courir de peur ». Je me suis sérieusement demandée ce que je devais faire pour protéger les gens derrière moi, qui étaient peut-être allergiques! Des marcheurs croisés quelques centaines de mètres plus loin ont finalement érigé un périmètre de sécurité autour de l’endroit pour faire dévier les coureurs. Merci à vous, chers marcheurs.

2- Je savais que j’allais devoir arrêter aux « toilettes », mais pas aussi souvent. Chercher trois fois un petit coin quand des gens te dépassent à tout bout de champ, c’est gênant!

3- Comment ne pas vouloir fêter quand on vient de réaliser un défi comme celui-là? Ne pas avoir à se soucier des enfants et avoir toute la soirée devant soi, ça mérite d’en profiter ! Laissez-moi donc vous confirmer que ce n’est pas parce qu’on marche comme un manchot qu’on ne peut pas danser! Merci aux organisateurs d’avoir prévu ces beaux moments.

4- Il est bizarre de voir des photos de soi en train de courir un 80 km, avec un t-shirt où il est écrit 50 k dessus… J’ai en effet dû assumer – honteusement – d’avoir perdu le super beau t-shirt d’ambassadrice de l’UTHC que m’avaient donné Sébastien Côté et Geneviève Boivin, et de mettre le t-shirt que j’ai reçu au North Face Endurance Challenge de Bear Mountain, en mai dernier, avec un 50 k écrit dessus. Je n’ai pas beaucoup de t-shirts de course confortables et encore en état. Et je perds souvent des choses. C’est comme ça!

Photo Olivier Michallet UTHC 2014 marline harricana

Raison 68: Apprendre à trouver le bon rythme

Je reprends vie sur ce blogue après plusieurs semaines de silence. J’avais besoin de me reposer et de prendre du recul à la suite d’une période intense de travail au cours des derniers mois. La vie peut aller vite parfois. Trop vite. Quand tu n’as plus le temps de profiter des paysages qui défilent sous tes yeux, que tu cours si vite que tu risques de manquer la bonne intersection et de te perdre en chemin, c’est que le temps est peut-être venu de ralentir et de faire le point. Arrêter quelques instants peut nous amener plus loin, plus longtemps. Parce que la remise en marche nous aide à reconnecter avec notre corps et notre environnement, et à retrouver le bon rythme.

Dans la course de trail de longue endurance, c’est important de trouver le bon rythme. Pour ne pas se brûler, se blesser ou même se perdre! Pour cela, il faut toutefois bien se connaître pour être à l’affût des signaux que nous envoient notre corps et notre esprit pour nous dire qu’à cette cadence, ça va passer… ou casser…

Le but est d’avancer au rythme le plus rapide possible pour nous garder motivés et assez lent pour ne pas frapper un mur. Et la ligne n’est pas toujours facile à tracer. C’est même tout un défi. En fait, il faut réajuster le tir souvent. Parce qu’on traverse des sections plus ou moins difficiles, parce que la température affecte notre mental ou la qualité des sentiers par endroits, parce qu’une dose de sucre nous monte au cerveau, parce qu’on croise d’autres coureurs ou des bénévoles, parce que…. Les facteurs affectant notre équilibre sont aussi nombreux qu’inattendus.

C’est aussi pourquoi vous ne me verrez jamais avec une montre cardio-fréquencemètre ou toute autre technologie de ce genre. J’aurais bien trop peur de me laisser dévier de ma boussole interne. Mon corps m’envoie assez de signaux comme cela. Je dois me concentrer à l’écouter, et à lui parler. Suis-je bien? Ai-je besoin d’énergie? Ça va bien. On lâche pas. Je le sais que je suis capable…

« Garde le bon rythme et on va y arriver! »

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L’équilibre des pierres de Micheal Grab, l’homme qui réussit à faire tenir en équilibre… l’impossible!