Raison 80: Tu t’ennuies des raids d’aventure

Je n’ai pas eu le temps d’en profiter beaucoup. Le jour où on m’a amené faire un rallye d’orientation en forêt, en 2007 ou 2008, l’activité était déjà en déclin… En fait, je crois qu’elle n’aura jamais réussi à percer. Manque d’engouement et donc d’inscriptions, beaucoup (beaucoup!) de logistique pour les organisateurs mais aussi, dans une certaine mesure, pour les participants, prix relativement élevé, éloignement des grands centres : le pari n’en valait apparemment pas la chandelle, et ceux qui organisent de tels défis se font rares aujourd’hui.

Pourtant, ce sont sans doute les courses les plus amusantes que j’ai vécues. Et il y a des jours comme aujourd’hui où je m’en ennuie…

Comment ça marche? Armé d’une carte, d’une boussole et d’un partenaire, tu dois trouver une série de points de contrôle dispersés dans la forêt grâce à des indices géographiques ou explicatifs. Le hic, c’est qu’ils sont bien cachés… et loin! Vélo, course, raquettes, canot, plusieurs combinaisons de modes de transport sont possibles tout au long du parcours. Et laissez-moi vous dire que ce ne sont pas les plus rapides qui arrivent en premiers dans ce genre d’évènements, mais bien les plus astucieux. Il faut bien planifier son parcours et lire avec attention les cartes et les indices, car il est facile de se tromper. Suivre les gens devant soi, même s’ils semblent savoir où ils vont, est une grave erreur de débutant! Comme quoi il ne faut faire confiance qu’à son propre jugement! Je me rappellerai par exemple toujours cette fois où, Pierre-Luc et moi avions gravi une montagne du centre de ski Stoneham, pour nous rendre compte que la bonne montagne où était située le point de contrôle était celle juste en face de nous… Il fallait tout redescendre pour mieux remonter… avec au moins trois ou quatre équipes qui nous avaient emboité le pas!! Haha!

Ce genre d’évènements est d’ailleurs excellent au niveau du team building… ou de la consolidation de couple! Il faut prendre des décisions rapidement, sous pression, alors que chacun détient une partie des informations (l’un tient la carte, l’autre les indices, par exemple). Gare à celui qui prend la mauvaise décision! Tu te découvres même parfois sous un angle nouveau. Des qualités et des défauts insoupçonnés font surface et te déstabilisent, te remettent en question et t’apprennent des leçons de vie.

D’un point de vue physique, le défi peut s’avérer également très éreintant : traîner son vélo sur ses épaules à travers des marécages, couper à travers la forêt en dehors des sentiers, marcher dans une rivière d’eau glacée où tu baignes jusqu’aux hanches, manquer d’énergie, se blesser, briser de l’équipement…tout est possible! Autrement dit : égratignures garanties! Mais plaisir fou aussi!

De mes quelques expériences de raids et rallyes, j’ai aimé devoir tenter de bien comprendre les cartes, apprendre à me débrouiller avec une boussole, deviner les sentiers, lire les montagnes… Je rêvais alors de ces rallyes qui se font sur plusieurs jours, au cours desquels tu dois également gérer ton sommeil et ta nourriture, soutenir ton partenaire dans des moments où la fatigue menace l’esprit d’équipe ou même seulement le tien!

Du coup, j’ai réalisé récemment que je n’avais pas fait ce genre de défis depuis plusieurs années. Comme le camping sauvage et la longue randonnée à pied ou à vélo, d’ailleurs. J’ai petit à petit oublié que ça existait. Peut-être que ça ne s’organise presque plus en fait, tout simplement, ce qui expliquerait pourquoi je n’en entends plus parler. Ou peut-être que c’est juste la vie de famille qui me ramène à des défis plus simples d’organisation logistique, et que je ne vois naturellement plus les rallyes passer.

Quoiqu’il en soit, je crois que les raids m’ont prédisposée aux ultratrails. Il faut être persévérant, ne pas avoir froid aux yeux, aimer la bouette, l’inconfort et les sentiers techniques, ne pas se soucier des petits bobos et chercher à vivre l’aventure. En d’autres mots, ils m’ont permis de goûter des moments d’une intensité physique hors du commun pour mieux me découvrir une force de caractère indispensable aux longues courses de trail…

Le 16 mai 2015, vous me verrez donc sans doute au Raid Pulse, en Outaouais http://raidpulse.com/homeFr/pevents/event-2.php. Depuis le temps que j’en rêve : me voilà! J’ai déjà hâte, c’est fou raid!!

raidpulse

Raison 79: Tu acceptes de traverser des périodes plus difficiles

Courir pendant des heures n’est sans doute jamais une partie de plaisir du début à la fin. Quand tu réalises des défis de ce genre, tu sais TRÈS bien que tu auras des douleurs à un certain moment, que tu pourrais te faire envahir de pensées négatives destructrices, que tu traverseras des périodes creuses…. Mais tu sais aussi que si tu continues droit devant, la douleur va probablement disparaître, que tu vas te remettre à voir la vie en couleurs, que tu auras peut-être des chances de réussir… Alors tu continues. Et c’est effectivement ce qui se passe, à moins de difficultés majeures hors de ton contrôle bien entendu. Et tu es vraiment fière, au bout du compte, d’avoir relevé le défi sans te laisser manipuler par ton propre corps et ton propre esprit.

Depuis que je cours des trails de longue endurance, les périodes creuses de la vie ont pris une toute autre perspective. Je sais qu’elles ne sont souvent l’effet que de mes propres hormones et de mon cerveau, autrement dit de ma façon de penser et de percevoir, et non pas des évènements extérieurs ou des individus qui m’entourent, et qu’elles vont me permettre de vivre des moments de joie encore plus intenses plus tard. Alors je les assume, je les digère, j’essaie de prendre du recul et j’attends que le soleil revienne.

De toute façon, une course sans hauts ni bas, sans émotions, ça doit être plate en tabarnouche ;)

percée de soleil

Raison 78: Ce n’est même pas extrême

Il y a toujours quelqu’un qui court plus vite ou plus longtemps que toi. Et la distance que tu croyais la plus longue et la plus difficile sur Terre, quelqu’un l’a déjà triplée, dans des conditions encore plus extrêmes, avec des dénivelés inimaginables.

Il ne semble pas y avoir de limites à l’endurance physique humaine… du moins pas encore.

Ton 50km ou ton 80km dont tu es bien fière? Quand tu sais que des milliers de personnes le réalisent chaque année, et ce à travers le monde, eh bien tu sais que c’est encore de la ligue mineure. Je dirais même que ta tête passe encore mieux dans le cadre de porte qu’avant, parce que tu mesures tout le degré d’accomplissement de ceux qui repoussent leurs limites encore plus loin.

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Ok ce n'est pas un coureur, mais c'est  sans doute l'un de mes plus grands idoles! mike-horn-475

Raison 76: Parce que tu n’as pas toujours besoin d’une raison

Parfois – souvent – c’est plus fort que toi. C’est carrément irrationnel. Tu as juste envie de le faire, sans vraiment savoir pourquoi. Surtout quand tu n’as aucune idée à quoi t’attendre. Alors GO. Tu y vas. Et surtout, tu ne te poses pas trop de questions, parce qu’à trop réfléchir ou te chercher des raisons, tu pourrais t’empêcher d’agir, comme tant d’autres le font…

seize the day

Raison 75: Parce que tu es non-conformiste

De l’extérieur, je n’ai probablement pas l’air d’être bien différente de la normale. Je ne suscite pas vraiment l’attention (en tout cas, c’est ce que je crois!).

OK. Je suis souvent décoiffée peut-être, pas trop maquillée, parfois avec des vêtements dépareillés, mais rien d’extravagant. On m’a même déjà qualifiée de « mainstream ». Ça m’a traumatisée.

Ceux qui me connaissent bien savent cependant que, dans ma tête, je ne marche pas tout à fait dans les mêmes chemins. Sur mon côté givré, je suis à la fois tatouée et percée, je porte des rastas, je suis végétarienne et je marche avec des mocassins. Seulement, je ne ressens pas le besoin de l’afficher.

Ces personnes ne s’étonneront pas le jour où je vais plier bagages, avec le sac-à-dos, mon chum et mes quatre enfants (… quatre ?). Je suis comme ça : imprévisible, indépendante, hippie, impulsive… Je me méfie des modes et des idées prémâchées, des opinions toutes faites, des normes et des règlements (même si je finis presque toujours par les respecter…). C’est peut-être même pourquoi j’ai décidé de vivre en banlieue plutôt en qu’en beau milieu du centre-ville, quand j’y pense. Un esprit bohème dans un bungalow : c’est loin des stéréotypes connus!

Sous mon air gêné (qui est bien réel malheureusement), j’explose de projets, d’idées, de créativité et de convictions. J’admire les marginaux, les artistes, les voyageurs, les travailleurs humanitaires, les petits entrepreneurs : ceux qui ont le courage de vivre pleinement et au quotidien leur liberté de penser, qui défient la société de consommation et cherchent à donner du sens à chacune de leurs actions. Au fond de moi, je rêve que mes enfants aient une crise d’adolescence difficile à gérer, qu’ils contestent bien fort mon autorité, remettent en question leur société… même si je sais pertinemment que l’égarement n’est jamais bien loin de celui qui s’aventure en dehors de la voie aménagée… et que ça me prendra tout mon petit change pour vraiment l’accepter!

Je crois donc que j’aime la course de longue endurance parce qu’il y a quelque chose de marginal, d’extrême et d’anti-conformiste à courir en forêt pendant des heures, sans raison évidente… surtout pour une fille. Faire des courses de ce genre, ça déstabilise et bouscule les standards établis. Ça oblige à faire des choses non conventionnelles, comme courir des demi-marathons pour aller travailler, se déplacer à pied, en vélo ou en patins à roulettes pour aller à l’épicerie, à l’aquarium ou chez la famille et des amis, à faire du camping avec un nouveau-né, à avoir les orteils crochus, les genoux écorchés et les pieds croûtés, à s’entraîner parfois en plein milieu de la nuit, à manger des trucs bizarres, à des heures incongrues…

J’aime la course d’endurance parce que je vide ma tête du superflu. Je reviens à l’essence brute de ma personnalité, avec mon sac-à-dos, mes idées et ma liberté de penser… et je me mets à rêver… de tattoos et de voyages humanitaires, aux aventures de Sylvain Tesson et Alexandre Poussin, à de grandes tablées d’enfants, à mon petit café…

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Raison 74: Tu te fous de ce que les gens peuvent penser

Quand on fait des choses qui sortent de l’ordinaire ou qui ne correspondent pas à la norme socialement acceptable, il faut s’attendre à toutes sortes de réactions. C’est bien évidemment le cas lorsqu’on se met à courir des distances… irrationnelles.

Dans les médias, lorsque ce sont des athlètes qui nous sont étrangers qui relèvent de semblables défis, on s’en impressionne et on les érige en modèles. Mais quand ce sont des gens de notre entourage qui s’y mettent… Ma-lai-se! Après la curiosité, vient souvent le jugement de gens qui ne comprennent pas pourquoi on peut s’intéresser à de telles activités.

Alors que certains sont persuadés qu’on se détruit la santé et tenteront peut-être même de nous dissuader de continuer, d’autres nous accoleront des étiquettes de freaks ou d’obsédés, ou s’imagineront que toute notre vie tourne autour de cette activité qui nous rend complètement déséquilibrés… On ne se le cachera pas, même si la plupart des gens seront polis, et que plusieurs s’enthousiasmeront même publiquement: entre eux, le voisin et la boîte à pain, vous serez sans doute un bon sujet de conversation pour du placotage de salon ou de machine à café.

Personnellement, je sais que certaines personnes de mon entourage hésitent à m’encourager dans ma réalisation personnelle en ultratrail. Regard étrange, silence radio sur les médias sociaux, questions tranchantes et commentaires acérés. La faute de la méconnaissance, de l’incompréhension … ou même de la jalousie ?

J’ai interrogé quelques autres coureurs autour de moi en me demandant si j’étais la seule à avoir une impression de malaise, à l’occasion, quand je parle d’ultratrail à des gens que je côtoie, et il s’avère que c’est plutôt répandu. Soulageant? Oui et non. Heureusement, c’est un sport que de plus en plus de personnalités démystifient publiquement, et que de plus en plus de gens bien ordinaires pratiquent, ce qui aide à en accroître l’acceptabilité sociale avec le temps.

Quoiqu’il en soit, je me fous de ce que les gens peuvent penser… en font foi mes bas souvent dépareillés! J’aime ça les défis d’ultratrail, je ne fais de mal à personne, alors je continue !

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Raison 73: Une façon d’intégrer la méditation dans sa vie

Quelqu’un m’a fait réaliser récemment que l’état d’esprit que je ressens en trail se rapproche de la méditation, une activité reconnue pour libérer les capacités du mental et accroître le niveau de bonheur et le sentiment de plénitude. Je dois admettre que la faculté de concentration requise pour courir de longues distances, associée à une respiration profonde et régulière, m’amènent presque naturellement dans un état second. J’oublie le temps qui passe, mes mouvements deviennent inconscients et presque automatiques… J’apprends à gérer mes émotions, à contrôler mon mental, à résister aux difficultés, à visualiser des objectifs… comme les personnes qui pratiquent la méditation.

L’ultratrail serait donc aussi une façon d’intégrer la méditation dans sa vie, soit de muscler son cerveau et son esprit tout autant que ceux du cœur et du corps! Le meilleur des mondes pour les gens comme moi qui ne peuvent rester trop longtemps assis!

Esprit-calme.fr

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Raison 72: Tu apprécies passer du temps seul

La course de trail est pour moi un moment d’évasion, loin du bruit et de la pollution de la ville, des sollicitations et des émotions du quotidien. Un moment de sérénité, où je m’isole dans ma bulle, dans le calme et le recul. Je suis comme ça : j’ai besoin de ma dose de solitude, qu’il n’est pas toujours facile de trouver dans une vie bien remplie. Dans les courses d’endurance, on peut passer de longues périodes sans croiser âme qui vive. J’apprécie ces moments, au cours desquels je reconnecte avec mes émotions, je cultive des idées et des projets, je fais le point sur ma vie, mes besoins, mes objectifs ou ma situation. Je pense ou j’erre d’une imagerie à une autre, quand je ne fais pas totalement le vide…

Et puisque les entraînements sont relativement nombreux, il faut aussi avoir la motivation de courir seul(e) de manière générale, car il n’est pas toujours facile de trouver des partenaires avec les mêmes horaires et trajets, les mêmes disponibilités et les mêmes intérêts.

Les rencontres en sentiers, en entraînement, ou tout simplement au fil d’arrivée et dans les clubs et réseaux de courses, deviennent même plus mémorables et significatives par la suite.

Raison 71: Tu peux courir (longtemps) sans musique dans les oreilles

Règle générale, les écouteurs ne sont pas permis dans les courses de trail. Question de sécurité. On doit pouvoir entendre notre environnement et les autres coureurs, au cas où on croiserait des animaux sauvages ou qu’une personne se blesserait, par exemple. Comme les sentiers sont souvent étroits et accidentés, les dépassements peuvent également être difficiles. Il faut donc manifester ses intentions au coureur devant nous pour qu’il se range sur le côté pour nous laisser passer, quand il ne prend pas cette initiative en nous entendant arriver. Avec de la musique dans les oreilles, cette communication entre les coureurs serait bien entendu plus ardue et pourrait provoquer des frustrations inutiles, voire des accidents. Et puis, sans écouteurs, on s’ouvre aux opportunités d’échanger avec des coureurs et de tisser de nouveaux liens d’amitié. On peut faire de longs bouts de chemin avec les mêmes personnes et le rythme de croisière nous permet normalement de maintenir une légère conversation.

Que fait-on, donc, quand on aime se crinquer au rythme de la musique? Ses vertus ont tout de même été démontrées au niveau de la performance sportive, en réduisant la sensation de douleur et de fatigue, en aidant à la concentration mentale et en augmentant l’intensité de l’effort!

Personnellement, je fais tourner dans ma tête des chansons entraînantes pendant des heures et des heures…

Mon top 5 des meilleures chansons pour courir longtemps, au meilleur rythme possible ? Ok, j’ai un faible pour les chansons des années 80!

L’avantage par rapport aux écouteurs? Pas besoin de préparer de play list, d’ajuster le volume, de peser sur un bouton pour changer de chanson ou d’acheter des batteries; je peux rejouer le refrain à répétition et bien écouter les signaux de mon corps et ma petite voix intérieure dès que j’en ai besoin!

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