Raison 44: Parce qu’on a de la chance dans la vie

Nombreux d’entre nous réussissons de nos jours à intégrer l’activité physique dans notre quotidien avec grande fierté (et avec raison!), en oubliant toutefois…

  • qu’on n’a pas tous eu l’occasion d’être sensibilisés à l’adoption d’un mode de vie sain, et que les habitudes, une fois acquises, peuvent être très difficiles à changer;
  • qu’on a de la chance de vivre dans une société relativement riche, où on peut se permettre le luxe de prendre si bien soin de notre santé;
  • que l’activité physique est très valorisée en 2014, ce qui a contribué à accroître les services et les ressources disponibles au cours des dernières années;
  • que cette valorisation est aussi l’effet d’une mode…

Pour ces raisons, je suis toujours un peu gênée de faire valoir mes réalisations sportives un peu « extrêmes »; parce que oui, elles sont le résultat de ma volonté et de certaines de mes qualités personnelles, comme la persévérance et la discipline, mais c’est aussi parce que j’ai de la chance de vivre au Québec, de venir d’une famille aisée, d’avoir des enfants en santé, une garderie pour ces derniers, un emploi (officiellement) à 4 jours semaine, une douche au travail, un chum ouvert, …

À une époque pas si lointaine, les femmes n’étaient même pas admises à courir des marathons et les courses officielles étaient réservées à l’élite. Nous étions très loin des ultramarathons « grand public ». Si je fais des courses de trail longue distance, c’est donc bien parce que nous sommes en 2014 et que j’ai beaucoup de chance dans la vie, et en prenant conscience de cette chance, j’ai d’autant plus envie d’en profiter et d’aller bouger chaque fois que c’est possible! 

Raison 42: Tu peux aller au Festival d’été et en revenir sans tracas

Aller au Festival d’été de Québec peut devenir un véritable défi. Jamais l’idée de m’y rendre en voiture n’a effleuré mon esprit. Perdre des heures dans le trafic, immobilisés, en pleine soirée et à chercher du stationnement, est carrément suicidaire pour le bien-être mental.

J’ai toutefois déjà fait l’erreur d’y aller en autobus, une fois, pour le spectacle de Bon Jovi. Si l’aller avait bien été, sortir du centre-ville en bus après le spectacle revenait exactement au même qu’être en voiture, c’est-à-dire à attendre pare-chocs à pare-chocs… mais debout, fatigués, saouls et affamés, à 1h du matin!! J’ai eu ma leçon. Le transport actif serait désormais ma solution.

Aujourd’hui, je sais que je peux courir facilement des heures en ligne sans me fatiguer. Alors pourquoi ne pas faire une partie ou la totalité de l’aller-retour au Festival d’été à la course? J’arrive au show complètement crinquée et réchauffée pour danser ou m’éclater, en plus de vraiment bien dormir au retour à la maison!

Et vous devriez voir la face des gens emprisonnés dans leurs voitures quand ils nous voient passer! … Tout un show en soi!

Non mais, on ne veut quand même pas manquer ça!

Non mais, on ne veut quand même pas manquer ça!

Raison 40: Pas besoin de talent particulier

La course de trail de longue endurance est beaucoup plus accessible qu’il n’y paraît. J’ai l’impression que quiconque est en santé, qui aime courir (et qui le peut – par exemple qui a les genoux pour le faire) a le potentiel d’être « finisher » sur un ultra-marathon. La recette de base est composée d’une bonne pelletée de discipline personnelle et de volonté. Pas besoin, donc, de talent particulier.

Par exemple. Toute mon adolescence, j’ai appris à jouer de la flûte traversière. Combien d’heures ai-je mis à pratiquer mes gammes et mes partitions et à apprendre la théorie musicale? Ma rigueur et ma volonté m’ont aidé à progresser rapidement et même à exceller en musique, mais j’ai vite plafonné par manque d’« oreille musicale ». J’étais probablement aussi bonne qu’une machine à jouer de la flûte, sans capacité à improviser ou à transpirer des émotions particulières à travers ma musique. Jeune adulte, je me suis lassée. J’ai trompé la flûte pour les langues étrangères : l’anglais, l’allemand, l’espagnol et même l’arabe, un tout petit peu. Même scénario : ma discipline personnelle et ma volonté m’ont permis de maîtriser les bases de ces langues avec grande facilité. Je me suis mise à rêver de vivre et de faire carrière à l’étranger… jusqu’à ce que plusieurs séjours de moyenne durée en Allemagne m’ont fait réaliser que la maîtrise parfaite d’une langue requiert une certaine dose de talent (ce fameux « talent » pour les langues…), ou sinon, des années d’immersion complète, pour pouvoir exprimer ses émotions et ses opinions avec subtilité. Je me suis fatiguée, suis revenue au Québec pour y rester.

Quant tu cours, ça n’a pas besoin d’être beau, gracieux, élaboré ou subtil. Tu as seulement besoin de le faire et de le terminer. Et pour y arriver, outre quelques notions techniques et de la pratique, ça prend la discipline et de la volonté, des qualités certes qui ne sont pas données à tout le monde, mais qui peuvent sans doute se développer! Encourageant!

Raison 39: Morphée

Après quelques jours de relâche (c’est bien décrocher de temps en temps!), voici la suite des 100 raisons de courir des trails de longue endurance… Quelques autres suivront à plus grande fréquence dans les prochains jours pour rattraper le temps perdu!

Raison 39: Morphée

C’est connu : l’activité physique réduit les risques d’insomnie et aide à mieux dormir. Bouger libère le stress, relâche les muscles et aurait même un effet positif sur le processus d’entrée dans le sommeil. Or, c’est aussi ce qui se produit quand on profite du grand air, même lorsque nous y faisons absolument rien (vous avez sûrement déjà relaxé sur le bord d’une plage?… vous avez bien dormi ce soir là, hein?).

Alors croyez bien que quand on court plusieurs heures en ligne, au grand air, on dort biiieeen profondément!

Depuis que j’ai recommencé à m’entraîner pour des ultramarathons, je me suis rendue compte que j’ai des journées encore plus remplies qu’avant… tout en dormant moins! En fait, je devrais plutôt dire que je dors un peu plus, mais que je passe moins de temps au lit. Je m’endors rapidement et j’ai des sommeils très réparateurs… surtout après un petit verre de vin!

Profiter d’un sommeil de qualité : une autre bonne raison de s’entraîner pour des ultramarathons!

Raison 38 : Ça rend créatifs!

Semblerait-il qu’on ne nait pas créatifs. Il n’y a pas de gênes de la créativité nous prédisposant à être plus ingénieux que d’autres individus.

Ouf, je suis rassurée! Parce que j’ai longtemps cru que je n’étais pas une fille créative. Je réservais cette qualité à mes frères, l’un qui est musicien et l’autre peintre de profession, et qui sont d’ailleurs excellents dans leurs domaines. Jusqu’à ce que je comprenne (je ne comprends pas toujours vite!) que c’est une habileté qui a une utilité dans toutes les sphères de la vie, et qui se développe… avec l’ouverture d’esprit, la flexibilité et la curiosité, par le jeu et les expériences qui nous sortent de notre zone de confort, et j’en passe.

Il y a toutefois des conditions qui peuvent favoriser la créativité, et je suis de celles qui croient que la course à pied propose des environnements très favorables à l’émergence d’esprits créatifs et donc, de bonnes idées. Le calme, la concentration et l’isolement font partie de ces conditions. En faisant le vide avec les perturbations extérieures qui sollicitent constamment notre attention, on parvient, quand on court, à prendre du recul par rapport à ce que nous vivons, à aérer nos pensées et à revenir à l’essentiel.

Combien de solutions, de projets et d’idées ai-je eus dans les dernières années chaque fois que j’ai enfilé mes chaussures de course à pied? Je commence à penser que je devrais être payée pour aller m’entraîner. C’est excellent pour la performance au boulot! Ce qui me fait aussi dire que les employeurs qui n’encouragent pas encore leurs travailleurs à bouger sont vraiment arriérés, mais je sors du sujet…

Alors imaginez maintenant le nombre d’idées que vous pouvez avoir en 3-4-5 heures et plus de course à pied. En trail, dans la nature, à vivre des expériences sensorielles hors de l’ordinaire, cette capacité de créativité est multipliée; et plus on court longtemps, plus on fait le vide, plus on a la temps de prendre du recul, de sortir de notre zone de confort, de s’isoler intellectuellement et donc, de générer des idées.

Le hic, c’est qu’on n’a généralement pas de papier pour les noter…  il faut donc aussi une bonne mémoire, ce qui n’est pas toujours donné!

créativité

 

Raison 37: La peur de l’insignifiance nous rend fous

Voilà le titre d’un essai publié l’an dernier par Carlo Strenger, psychanalyste, philosophe et professeur de psychologie à l’Université de Tel-Aviv, qui nous livre une critique acerbe de la vie moderne de 300 et quelques pages. Dans notre monde actuel « qui exhorte à toujours se dépasser à coups de Just do it ou de Yes you can, où chacun cherche frénétiquement à vivre son quart d’heure de célébrité, où la valeur personnelle se juge à l’aune de la richesse matérielle et du nombre de followers sur les médias sociaux », on a créé un « royaume de l’insignifiance » baigné d’un malaise existentiel généralisé, lit-on dans ce volume lourd de réflexions.

Je ne l’ai pas lu au complet. Le traverser requiert une bonne dose de concentration, tant le sujet est philosophique, historique et même sociologique, concentration qui justement me manque dans cette vie moderne frénétique. La trame m’a tout de même touchée et fait réfléchir. Il y a sans doute un besoin de donner du sens à l’existence dans cette mode de vouloir tous et chacun relever des défis plus fous les uns que les autres. Le besoin de se sentir vivants, importants, uniques; le besoin de gagner de la visibilité, « d’apparaître pour être », tel que le résume Carlo Strenger.

Je me suis promis que je lirais un jour ce livre en entier, éventuellement, quand j’aurai le temps de bien m’y plonger et de me laisser imprégner de ses remises en questions sans doute fort pertinentes. Car l’auteur apporte apparemment des pistes de solutions pour revenir à l’essence même de l’existence, à l’exigence intellectuelle et à la pensée libre.

En attendant, bien que je perçoive le côté un peu absurde des défis sportifs comme les trails de longue endurance, et leurs liens probables avec la course contre l’insignifiance, je ne peux m’empêcher d’aimer y participer et d’y trouver un moyen de donner du sens et de l’équilibre à ma vie. L’important, je présume, c’est de prendre conscience de cette absurdité et de continuer à vouloir donner de la profondeur à ce que nous faisons, peu importe les pressions sociales qui nous poussent à agir d’une telle ou telle autre façon…

Raison 36: Tu ne sais jamais comment ça va se terminer !

Courir en trail relève du film de suspense. On ne sait jamais vraiment ce qui va se passer jusqu’à la toute dernière minute. Quand on regarde la description du parcours et la liste des acteurs qui y participent, on se fait une idée dans notre tête du scénario qui nous attend. "Ça va chauffer!" ou même "Ce sera plutôt léger, un bon divertissement!"

Mais quand on laisse l’histoire se dérouler sous nos pieds, on finit par se faire surprendre par de multiples rebondissements.

L’introduction commence souvent ou bien en douceur, question de se familiariser avec les décors et de s’attacher au fil du parcours, ou bien de manière tout à fait explosive, avec une montée plus abrupte qu’imaginée ou un coureur inattendu, idée de plutôt nous mettre en haleine dès les premiers instants. Et puis, ça devient vraiment du sérieux. On tombe, on est plus ou moins en forme qu’on pensait, la personne devant nous abandonne, ralentit le pas ou prend une pause et on gagne une position. On arrive à rattraper l’autre coureur qui nous devance, mais aussitôt fait que celui qui nous suivait atteint son 2e souffle et s’envole au loin dans notre champ de vision. On croise des âmes généreuses complètement énergisées qui nous aident à retrouver le focus et la motivation de continuer au moment même où on se laissait envahir par une marée de pensées noires. On se voit obliger de secourir une personne blessée et à tout abandonner. On finit plutôt par se sentir vraiment bien et à prendre une bonne allure mais BANG! une racine nous attrape le pied, un trou fait chavirer notre cheville ou une crampe nous attaque sans prévenir.

On peut aussi bien partir parmi les derniers et arriver parmi les premiers… que partir parmi les premiers et arriver dernier !

Vous aimez le suspense, les rebondissements et le divertissement. Vous aimerez jouer dans votre propre film… de trail!

Bon OK, je ne suis pas graphiste, ça paraît!

Bon OK, je ne suis pas graphiste, ça paraît!

Raison 35 : Parce que tu viens de Québec, ville d’escaliers

À Québec, on est peut-être loin des montagnes, il y a peut-être peu de forêts ou de parcs pour s’entraîner sur de longues distances (à l’exception du parc de la rivière Saint-Charles, qui est magnifique!), mais on a la chance d’avoir accès à l’un des meilleurs secrets pour s’entraîner pour un ultratrail en milieu urbain : les escaliers. Il y a 30 escaliers qui relient la Haute-Ville à la Basse-Ville de Québec, pour un total de plus de 3 000 marches. Ce n’est pas rien! Sans compter les marches du côté de Lévis, qui peuvent tout à fait rassasier les « coureurs du côté Sud » de temps en temps.

Bref, on a de quoi s’amuser longtemps à Québec, sans avoir besoin de se déplacer bien loin. Parce que les escaliers, c’est difficile et c’est une bonne recette pour un petit « entraînement choc » avant une compétition (Je ne suis pas une experte, mais je croise à l’occasion des machines de la course à pied dans les escaliers du Cap-Blanc donc ça ne doit sûrement pas être mauvais… ;) On s’y muscle les jambes et les mollets et on travaille intensément le cardio (autrement dit, on fait des intervalles sans s’en rendre compte! Merveilleux! Voir raison 23).

Puis, les escaliers, c’est accessible à tous. Même les monter et les descendre à la marche peut relever du défi quand on commence l’entraînement. Dans les six mois de convalescence après ma césarienne, c’est d’ailleurs le truc que j’avais trouvé pour me remettre en forme tranquillement et sans danger : pas de chocs ou de secousses pour le bassin et pas besoin de faire garder bébé (je le collais contre moi dans son petit kangourou, où il dormait paisiblement).

Vraiment pratiques les escaliers, quand tu habites Québec et t’entraînes pour des ultramarathons!

Le truc des ultratrailers urbains ;)