Raison 84: 10 km, c’est trop difficile

Je ne cours presque plus des 5 ou des 10 km, du moins dans des courses officielles. Non pas parce que je ne les considère pas comme un défi, au contraire. Ces distances me font peur.

L’automne passé, deux mois après l’Ultra Trail Harricana de Charlevoix, j’ai tout de même été curieuse de me mesurer sur une plus courte distance, idée de voir ce que je valais maintenant en mode « sprint ».

Je me suis inscrite à la dernière course de trail de l’année dans la région de Québec. Un beau 7 km dans les pistes de ski de fond du centre de ski Castor, à Valcartier. Un circuit avec une bonne dénivellation, dans les effluves de l’automne, et qui fait partie du Circuit des couleurs de Québec.

Une trentaine de minutes de souffrance. Courir vite, essoufflée, le cœur dans la gorge, sans être capable de parler pendant plusieurs minutes au fil d’arrivée. Ça faisait un moment que je n’avais pas vécu de telles sensations. Je ne suis pas entraînée pour cela.

Chaque distance comporte ses défis particuliers, qui requièrent des qualités, des entraînements et des compétences spécifiques.

Donner son maximum, en continu, sur 5 ou 10 km, ça m’impressionne vraiment.

Soyez en fiers si vous aimez ces distances et que vous vous laissez intimider par les ultramarathoniens. Le défi n’est pas du tout le même. L’important est d’apprendre à se connaître pour savoir ce que l’on aime véritablement.

photo coureurs

Photos de coureurs de la course Castor-Kanik. Difficile de trouver des sourires sur les photos ! :) Je vous aurais bien donné une photo de moi, défigurée de douleur, mais ils ne l’ont apparemment pas publiée ! haha

Raison 83 : Le temps est long

Trouvez-vous aussi que plus on vieillit, plus le temps passe vite? C’est fou! J’ai peur de me réveiller demain à 75 ans et d’être passé à côté de ma vie. On m’a expliqué récemment que c’est normal, puisqu’une journée sur un an d’existence, c’est proportionnellement pas mal plus long qu’une journée sur 30 ans. La perception du temps qui passe s’accélère donc sans cesse. Comme une boule de neige qui dévale une pente abrupte, prenant de la vitesse au fur-et-à-mesure de sa descente, jusqu’à ce qu’elle s’arrête… ou qu’elle disparaisse.

Heureusement, quand on court pendant des heures, on trouve le temps pas mal plus long. Autrement dit, quand on court longtemps, on ralentit ;)

boule de neige

Raison 82 : Parce que Mike Horn a réussi l’impossible

Connaissez-vous Mike Horn? Vous savez, ce héros des temps modernes, l’aventurier sud-africain de l’extrême?

C’est mon idole.

Ok. Certains lui reprocheront peut-être son égo dilaté comme un ballon trop gonflé, ou sa rédaction rien-de-très-extraordinaire, mais quand on obtient le record du monde de descente de la plus haute chute d’eau (22 m) avec un hydrospeed, qu’on effectue le tour du Monde à pied à vélo et en bateau par l’équateur, et celui du globe à pied, vélo, kayak, voilier, ski et ski tracté par cerf-volant par le cercle polaire, un voyage d’une durée de deux ans, on peut sans doute se permettre une certaine fierté et une petite faiblesse littéraire.

En fait, Mike Horn est l’incarnation de la puissance du mental sur la chair, du pouvoir de la pensée sur la survie humaine. Il a accompli ce que bien des hommes auraient cru trop périlleux et impossible. Certes, lors de ses aventures, il est parti armé d’une batterie de matériel à la fine pointe de la technologie, adapté à ses besoins spécifiques, conseillé et suivi de loin d’une équipe sérieuse et expérimentée. Ce n’en est pas moins par la production de sa propre énergie corporelle qu’il a avalé les kilomètres et avancé dans l’inconnu, et par la force exceptionnelle de son mental qu’il a repoussé les limites du possible, battu des records et survécu à 1000 dangers.

Depuis que j’ai lu les récits de Mike Horn, j’ai compris que la performance physique passe d’abord et avant tout par l’entraînement de l’esprit, par la manière dont nous nous parlons dans notre for intérieur et que nous nous percevons nous-mêmes. Depuis que j’ai lu les récits de ce mercenaire de l’ultime, j’ai compris que si je ne peux changer qui je suis ou ce que le monde est, je suis à tout le moins maître de mes pensées. Et que ce pouvoir est puissant et précieux.

Alors que le commun des humains aurait laissé sa peau dans les corridors glacés de l’Arctique, habités d’ours polaires et de loups affamés, secoués par un climat imprévisible et tempétueux, Mike Horn a puisé dans sa tête et son coeur des pensées indestructibles qui lui ont permis de se hisser parmi les êtres les plus forts et les plus courageux de l’histoire humaine.

On rit de moi quand, aujourd’hui, on me visite à mon travail et qu’on constate, légèrement empoussiéré sur mon bureau, tout à côté de mon ordinateur, un cadre avec la photo de Mike Horn. Dans le doute ou la difficulté, quand je crains l’échec ou que je ne me sens pas à la hauteur, je regarde le surhomme dans le blanc des yeux et je me rappelle l’importance de rester debout et d’avancer. Je relativise l’ampleur des défis qui m’attendent et puise dans mon petit livre intérieur des pensées herculéennes.

Pareillement, quand je cours de longues distances, que je doute de mes capacités et que je me méfie de l’abandon, je me souviens que Mike Horn a conquis l’impossible par le pouvoir de son esprit. Et j’avance, je reste debout et je continue de foncer.

mike horn2 mike horn

Raison 80: Tu t’ennuies des raids d’aventure

Je n’ai pas eu le temps d’en profiter beaucoup. Le jour où on m’a amené faire un rallye d’orientation en forêt, en 2007 ou 2008, l’activité était déjà en déclin… En fait, je crois qu’elle n’aura jamais réussi à percer. Manque d’engouement et donc d’inscriptions, beaucoup (beaucoup!) de logistique pour les organisateurs mais aussi, dans une certaine mesure, pour les participants, prix relativement élevé, éloignement des grands centres : le pari n’en valait apparemment pas la chandelle, et ceux qui organisent de tels défis se font rares aujourd’hui.

Pourtant, ce sont sans doute les courses les plus amusantes que j’ai vécues. Et il y a des jours comme aujourd’hui où je m’en ennuie…

Comment ça marche? Armé d’une carte, d’une boussole et d’un partenaire, tu dois trouver une série de points de contrôle dispersés dans la forêt grâce à des indices géographiques ou explicatifs. Le hic, c’est qu’ils sont bien cachés… et loin! Vélo, course, raquettes, canot, plusieurs combinaisons de modes de transport sont possibles tout au long du parcours. Et laissez-moi vous dire que ce ne sont pas les plus rapides qui arrivent en premiers dans ce genre d’évènements, mais bien les plus astucieux. Il faut bien planifier son parcours et lire avec attention les cartes et les indices, car il est facile de se tromper. Suivre les gens devant soi, même s’ils semblent savoir où ils vont, est une grave erreur de débutant! Comme quoi il ne faut faire confiance qu’à son propre jugement! Je me rappellerai par exemple toujours cette fois où, Pierre-Luc et moi avions gravi une montagne du centre de ski Stoneham, pour nous rendre compte que la bonne montagne où était située le point de contrôle était celle juste en face de nous… Il fallait tout redescendre pour mieux remonter… avec au moins trois ou quatre équipes qui nous avaient emboité le pas!! Haha!

Ce genre d’évènements est d’ailleurs excellent au niveau du team building… ou de la consolidation de couple! Il faut prendre des décisions rapidement, sous pression, alors que chacun détient une partie des informations (l’un tient la carte, l’autre les indices, par exemple). Gare à celui qui prend la mauvaise décision! Tu te découvres même parfois sous un angle nouveau. Des qualités et des défauts insoupçonnés font surface et te déstabilisent, te remettent en question et t’apprennent des leçons de vie.

D’un point de vue physique, le défi peut s’avérer également très éreintant : traîner son vélo sur ses épaules à travers des marécages, couper à travers la forêt en dehors des sentiers, marcher dans une rivière d’eau glacée où tu baignes jusqu’aux hanches, manquer d’énergie, se blesser, briser de l’équipement…tout est possible! Autrement dit : égratignures garanties! Mais plaisir fou aussi!

De mes quelques expériences de raids et rallyes, j’ai aimé devoir tenter de bien comprendre les cartes, apprendre à me débrouiller avec une boussole, deviner les sentiers, lire les montagnes… Je rêvais alors de ces rallyes qui se font sur plusieurs jours, au cours desquels tu dois également gérer ton sommeil et ta nourriture, soutenir ton partenaire dans des moments où la fatigue menace l’esprit d’équipe ou même seulement le tien!

Du coup, j’ai réalisé récemment que je n’avais pas fait ce genre de défis depuis plusieurs années. Comme le camping sauvage et la longue randonnée à pied ou à vélo, d’ailleurs. J’ai petit à petit oublié que ça existait. Peut-être que ça ne s’organise presque plus en fait, tout simplement, ce qui expliquerait pourquoi je n’en entends plus parler. Ou peut-être que c’est juste la vie de famille qui me ramène à des défis plus simples d’organisation logistique, et que je ne vois naturellement plus les rallyes passer.

Quoiqu’il en soit, je crois que les raids m’ont prédisposée aux ultratrails. Il faut être persévérant, ne pas avoir froid aux yeux, aimer la bouette, l’inconfort et les sentiers techniques, ne pas se soucier des petits bobos et chercher à vivre l’aventure. En d’autres mots, ils m’ont permis de goûter des moments d’une intensité physique hors du commun pour mieux me découvrir une force de caractère indispensable aux longues courses de trail…

Le 16 mai 2015, vous me verrez donc sans doute au Raid Pulse, en Outaouais http://raidpulse.com/homeFr/pevents/event-2.php. Depuis le temps que j’en rêve : me voilà! J’ai déjà hâte, c’est fou raid!!

raidpulse

Raison 79: Tu acceptes de traverser des périodes plus difficiles

Courir pendant des heures n’est sans doute jamais une partie de plaisir du début à la fin. Quand tu réalises des défis de ce genre, tu sais TRÈS bien que tu auras des douleurs à un certain moment, que tu pourrais te faire envahir de pensées négatives destructrices, que tu traverseras des périodes creuses…. Mais tu sais aussi que si tu continues droit devant, la douleur va probablement disparaître, que tu vas te remettre à voir la vie en couleurs, que tu auras peut-être des chances de réussir… Alors tu continues. Et c’est effectivement ce qui se passe, à moins de difficultés majeures hors de ton contrôle bien entendu. Et tu es vraiment fière, au bout du compte, d’avoir relevé le défi sans te laisser manipuler par ton propre corps et ton propre esprit.

Depuis que je cours des trails de longue endurance, les périodes creuses de la vie ont pris une toute autre perspective. Je sais qu’elles ne sont souvent l’effet que de mes propres hormones et de mon cerveau, autrement dit de ma façon de penser et de percevoir, et non pas des évènements extérieurs ou des individus qui m’entourent, et qu’elles vont me permettre de vivre des moments de joie encore plus intenses plus tard. Alors je les assume, je les digère, j’essaie de prendre du recul et j’attends que le soleil revienne.

De toute façon, une course sans hauts ni bas, sans émotions, ça doit être plate en tabarnouche ;)

percée de soleil

Raison 78: Ce n’est même pas extrême

Il y a toujours quelqu’un qui court plus vite ou plus longtemps que toi. Et la distance que tu croyais la plus longue et la plus difficile sur Terre, quelqu’un l’a déjà triplée, dans des conditions encore plus extrêmes, avec des dénivelés inimaginables.

Il ne semble pas y avoir de limites à l’endurance physique humaine… du moins pas encore.

Ton 50km ou ton 80km dont tu es bien fière? Quand tu sais que des milliers de personnes le réalisent chaque année, et ce à travers le monde, eh bien tu sais que c’est encore de la ligue mineure. Je dirais même que ta tête passe encore mieux dans le cadre de porte qu’avant, parce que tu mesures tout le degré d’accomplissement de ceux qui repoussent leurs limites encore plus loin.

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Ok ce n'est pas un coureur, mais c'est  sans doute l'un de mes plus grands idoles! mike-horn-475

Raison 76: Parce que tu n’as pas toujours besoin d’une raison

Parfois – souvent – c’est plus fort que toi. C’est carrément irrationnel. Tu as juste envie de le faire, sans vraiment savoir pourquoi. Surtout quand tu n’as aucune idée à quoi t’attendre. Alors GO. Tu y vas. Et surtout, tu ne te poses pas trop de questions, parce qu’à trop réfléchir ou te chercher des raisons, tu pourrais t’empêcher d’agir, comme tant d’autres le font…

seize the day