Raison 86: C’est bon pour la santé

J’en vois déjà plusieurs sourciller. Bon pour la santé, courir pendant des heures? « Plutôt un bon moyen de ne plus pouvoir marcher à 60 ans »; « La modération a bien meilleur goût »; « C’est connu, ils se détruisent les genoux » ; les phrases-clichés sont nombreuses de la part de ceux qui cherchent à décourager les plus motivés… ou à se justifier.

Je vais vous avouer quelque chose : je n’ai aucune idée si c’est vraiment bon ou non pour la santé de courir des ultramarathons. Apparemment, personne ne le sait encore véritablement. Les études scientifiques se sont beaucoup penchées sur les effets de l’inactivité jusqu’à maintenant, mais très peu ont étudié le phénomène inverse. Et celles qui l’ont fait ont observé des facteurs très précis. C’est notamment le cas de la fameuse étude qui a beaucoup circulé au cours des derniers mois sur les effets du surentraînement sur l’espérance de vie, publiée dans le Journal of the American College of Cardiology (http://content.onlinejacc.org/article.aspx?articleID=2108914), et qu’on n’a pas manqué de m’envoyer de tous bords tous côtés, comme si on cherchait à convaincre une fumeuse d’abandonner la cigarette… Selon cette étude, résumée très grossièrement : « light joggers had a significantly lower risk of death than sedentary non-joggers (…) while strenuous joggers had nearly twice the risk of non-joggers ». Leur conclusion ? « Higher doses of running are not only unnecessary but may also erode some of the remarkable longevity benefits conferred by lower doses of running ». Autrement dit, comme les grands titres des médias ont tendancieusement exagéré les conclusions de cette étude, « courir trop peut nous tuer ».

Mais comme pour toute recherche scientifique, il y en a d’autres qui vont dans le sens carrément opposé, par exemple cette étude conjointe de l’Université de Stanford et de l’Université de California qui a révélé, en janvier 2014, que « compared with the general population, ultramarathon runners appear healthier and report fewer missed work or school days due to illness or injury ». On peut consulter l’étude ici http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0083867 ou un résumé en français ici http://www.pourquoidocteur.fr/La-sante-de-fer-des-ultramarathoniens–4967.html.

Impossible donc, d’avoir une idée claire et précise sur la santé globale RÉELLE des individus qui pratiquent ce genre d’activités.

D’un point de vue très personnel, je me pose ces questions :

  • Les ultramarathoniens cherchent-ils vraiment à accroître leur espérance de vie? Est-ce la bonne question à se poser? En ce qui me concerne, je ne fais pas des ultramarathons pour vivre plus longtemps. Je risque bien que trop d’être déçue. Les facteurs de mortalité sont beaucoup plus nombreux que le simple fait de « trop » faire d’activité physique, telles que les chances que je meurs dans un bête accident avec une voiture qui a accéléré sur une lumière rouge ou dans un incendie qui s’est propagé en raison d’un détecteur de fumée dont les batteries n’ont pas été changées, que je développe un cancer parce que je consomme chaque jour des aliments imbibés de pesticides, de produits chimiques, d’OGM et d’aspartame, ou simplement parce que la loterie de la maladie m’a choisie. Trop faire d’activité physique peut réduire mon espérance de vie? Belle façon de détourner l’attention de ce qui pose un réel risque pour ma longévité!
  • Deuxième question : Qu’est-ce qu’une bonne santé? Être bien dans sa peau, pouvoir marcher, ne pas consulter de médecin, ne pas manquer de journée de travail ? Il faut se le dire : les blessures sont quasi inévitables peu importe l’activité physique pratiquée. Mis à part quelques bobos occasionnels, je ne me suis jamais sentie aussi en forme et en santé que depuis que je fais du sport quotidiennement. Je manque rarement une journée de travail en raison de la maladie et j’ai tendance à mieux manger et à me sentir de meilleure humeur les jours où j’ai bougé. En outre, je n’ai jamais été aussi connectée sur mon corps et à l’écoute de tout petit changement ou signal qui pourrait avoir un impact sur ma capacité à poursuivre mon mode de vie actuel. Je vois mal comment on pourrait me convaincre que courir souvent est mauvais pour ma santé.
  • Troisième question. Qu’est-ce que la modération quand tout est relatif par rapport à sa propre culture, ses valeurs et ses habitudes? Plus on mange, plus on a faim souvent; plus on joue à des jeux vidéos, plus on a envie de jouer; plus on fait de kilométrage souvent en voiture ou en autobus, plus le temps semble passer vite dans nos déplacements; plus on bouge, plus on a besoin de bouger… Je crois que non seulement l’esprit, mais aussi le corps, s’adaptent à la quantité de kilomètres qu’on lui fait avaler, si on sait y aller graduellement. Le danger, c’est peut-être d’y aller trop vite, trop intensément? De ne pas écouter son corps ou de déséquilibrer tout le reste de sa vie?
  • Finalement, à voir la panoplie d’articles publiés sur l’étude du Journal of the American College of Cardiology (Too much jogging ‘as bad as no exercise at all’, BBC News, February 3 2015 – , Fast running is as deadly as sitting on couch, scientists find, The Daily Telegraph, February 3 2015 – Stop that binge jogging! Three times a week is best for you… and too much is as bad as doing nothing, Daily Mail, February 3 2015) – comparativement à celle de l’Université de Stanford et de l’Université de California que j’ai à peine vu passer sur les médias sociaux– je me questionne pourquoi on saute si souvent sur les occasions de tirer les gens vers le bas, plutôt que sur celles qui tirent vers le haut? On semble préférer créer des problèmes chez ceux qui sont bien plutôt que de s’attarder à ceux qui ont de vrais problèmes…

J’ai particulièrement aimé le reportage, nuancé, de Télé-Québec à « Une pilule, une petite granule », le 25 septembre 2014, sur les effets des marathons et du surentraînement sur la santé. Malgré toutes les mises en garde soulevées, la conclusion des spécialistes interrogés est à l’effet que les bienfaits du surentraînement dépassent les répercussions négatives de l’inactivité. Autrement dit, si des objectifs élevés de performance motivent des individus à intégrer l’activité physique dans leur quotidien, on ne peut que s’en réjouir… car s’il y a une chose sur laquelle tout le monde s’entend, c’est que l’activité physique c’est important.

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