Raison 91: Tu ne sais jamais vraiment ce dont tu es capable

Québec Mega Trail, 50 km. Bien que je devrais être fière de ma première position chez les femmes à cette course, organisée hier, 11 juillet, dans le cadre de la série Vert le Raid, au Mont Sainte-Anne, je suis pourtant un peu déçue de moi.

Je connaissais déjà le parcours de cette boucle de 25 km pour l’avoir fait l’an dernier. Je l’avais trouvé difficile. Les premiers 6km constituent une montée relativement abrupte dans des sentiers techniques. J’ai cependant l’habitude de vouloir commencer les courses rapidement pour me faire « tirer » par les plus rapides. C’est plus fort que moi, même si je sais que je ne suis pas de calibre pour les suivre très longtemps. Lorsque tu n’es pas échauffée, essayer de courir rapidement pendant 6km en montée peut te brûler et commencer à te casser physiquement et psychologiquement. Je n’ai donc pas appris de la leçon de l‘an dernier (on est quand même un peu niaiseux quand on court) et j’ai encore souffert pendant la première boucle du 25 km… C’était si long…. Au point où, dès le 20 km, j’ai commencé à me convaincre que je pourrais arrêter après un seul tour. J’en avais tellement marre, que je n’essayais pas de trouver des raisons pour me motiver à continuer: je me consolidais un argumentaire solide pour rester. « 25 km c’est suffisant, surtout deux semaines seulement après avoir fait la course du Mont-Albert. / C’est la fête à l’arrivée et celle-ci sera vraisemblablement finie après mon deuxième tour. On fait ça quand même aussi pour s’amuser ! Je devrais en profiter. / Je ne regretterai même pas d’avoir arrêté (la peur du regret est un leitmotiv très important dans ma vie). L’humilité, c’est aussi accepté de s’écouter et de savoir quand arrêter. / Je n’ai rien à prouver. Je fais ça rien que pour m’amuser. Arrêter en sera une preuve très tangible puisque je suis en 2e position et que je pourrais faire un podium ». En fait, je n’avais tellement plus de plaisir que je me disais que je broierais du noir tout au long de cette deuxième interminable boucle et que ça ne valait donc pas la peine d’essayer.

À tel point que la personne avec qui j’ai partagé les 5 derniers kilomètres et plus de cette première boucle, un certain Simon Garneau, je lui ai aussi partagé certains de mes doutes : « Ça va être difficile repartir pour le deuxième tour hein? ». « Honnêtement, je ne sais vraiment pas si je vais être capable ». Au fond de moi, je cherchais peut-être quelqu’un pour me ramener sur le droit chemin. Maintenant, je ressens un grand sentiment de culpabilité pour l’avoir peut-être influencé, car juste avant notre arrivée au ravito du 25 km, là où se situe aussi l’arrivée de toutes les courses, je l’ai regardé et je lui ai demandé « Alors c’est quoi LA bonne raison pour continuer? – Réponse : Aucune idée… » Silence. L’envie n’y était plus. On arrive au ravito. J’arrête de penser. Je me dis que je pourrais prendre le temps de remplir mon sac d’hydratation et faire le point. Puis j’ai regardé autour de moi en hésitant pour passer la clôture et arrêter ça net. Quand j’ai vu Florent Bouguin, probablement la personne la plus inspirante en course de trail… au monde!😉 Lui qui court des 100 km et plus parmi les plus difficiles sur la planète sans jamais abandonner malgré la douleur, les obstacles, les problèmes. Il a crié « Vas-y Marline, Bravo! Lâche pas! ». Je ne pouvais pas abandonner devant lui… Je me sentais ridicule.

Comme un robot j’ai repris le chemin de la deuxième boucle, en me disant que cette fois, je la ferais sans stress. J’ai rapidement été submergé par un grand sentiment de fierté d’avoir réussi à me vaincre moi-même, mes démons et ma paresse. Puis par le doute d’avoir peut-être influencé un autre coureur à abandonner alors que je ne le voyais plus derrière moi. J’aurais dû revenir en arrière pour le crinquer, le ramener dans le bon chemin. Mais j’étais déjà sur ma lancée… j’avais espoir qu’il prenait son temps et qu’il me rattraperait sous peu.

Étonnamment, la deuxième boucle a été merveilleuse. J’étais dans mon deuxième, troisième ou quatrième souffle. J’avais les jambes un peu fatiguées mais je n’étais plus essoufflée. J’ai rejoint et dépassé la première femme après le premier ravito du 8km et j’ai continué à courir de manière constante et stable. Je me sentais bien. Je n’avais plus le choix de toute façon. Les bénévoles aux postes de ravitaillement, Nancy Bédard et Renée Hamel notamment, m’ont insufflé une énergie positive et enivrante. Les kilomètres défilaient dans me tête plus rapidement qu’au premier tour, même si, au final, j’ai fait le 2e tour beaucoup moins rapidement que le premier. Mais j’étais fière d’avoir continué et d’avoir constaté que je pouvais en donner encore plus et que c’était même agréable. Les endorphines avaient fini par me monter au cerveau, sans doute. Et puis j’ai vu un beau chevreuil courir devant moi dans le sentier avant de se sauver dans la forêt. Merveilleux.

J’étais si bien qu’au 17km, dans un sentier roulant, je me suis prise le pied sur une roche et mon mollet gauche a crampé. Une belle grosse crampe douloureuse qui a duré une bonne minute et m’a fait tomber par terre en hurlant… Pas vrai qu’après tous ces efforts, j’allais tout échapper. Pas rendu là… Mon mental était maintenant béton. J’ai fait quelques étirements et je me suis remise à courir en prenant bien soin d’éviter tout autre risque de crampe, car une deuxième fois aurait bien pu m’achever.

J’ai poursuivi les derniers kilomètres, plutôt descendants et techniques, et culminant avec la traversée d’une rivière très rafraîchissante, avec la confiance de pouvoir réussir.

Apercevant Pierre-Luc non loin de l’arrivée, fier de moi et heureux de sa journée, nous avons couru les derniers mètres le sourire aux lèvres, vraiment contents de cet accomplissement. Et changeant ma vitesse de croisière qui était constante depuis de nombreux kilomètres déjà, je me suis mise à cramper de mon deuxième mollet à l’arrivée. Flamboyant… !

Et avec le recul, j’ai le regret d’avoir douté de moi, d’avoir peut-être influencé un autre coureur, d’avoir été négative. J’espère avoir eu ma leçon…

Marline Côté photo 2

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