Raison 95: Parce que la douleur physique n’est rien à côté de la douleur mentale

Bromont Ultra, 10-11 octobre 2015

Vous ne saviez pas que je serais sur la ligne de départ du 160 km de cette course monstrueuse? Normal. Je m’étais non seulement inscrite seulement 3 semaines avant l’événement, à la date limite des inscriptions, mais j’avais décidé de ne pas en parler à qui que ce soit, sauf à l’homme de ma vie. J’étais habitée de toutes sortes d’émotions et d’incertitudes et je n’avais pas envie de me faire influencer par les autres. Surtout ceux qui ne comprennent vraiment pas pourquoi on peut se lancer dans un défi comme celui là. Quand ton entourage ne comprend pas pourquoi tu fais des 50km ou des 80km, n’essaie surtout pas de leur parler de faire un 160 km. D’ailleurs, je n’avais absolument aucune idée si j’allais être capable de le terminer. Je me sentais mentalement prête à défier l’impossible, mais je doutais de mon corps, de ses limites et des micro-blessures cumulées tout au long de la saison. Je n’avais encore jamais couru plus de 9h50 en ligne. J’aurais trouvé prétentieux de prétendre pouvoir y arriver sans expérience. Et puis, je n’avais pas envie d’avoir la pression sociale de gens qui me suivent et créent des attentes.

Bref, j’ai décidé que j’allais rester en plein pouvoir de ce défi. Qu’il m’appartiendrait totalement et que ce ne serait que moi contre moi, avec moi. Personne d’autre. J’avais envie d’aller au bout de moi-même, de donner tout ce que j’avais, de me vider complètement… et de voir ce que ça ferait. Où le train s’arrêterait, dans quel état, pourquoi? J’avais envie de visiter les profondeurs de mon âme pour constater l’ombre ou la lumière qui s’y trouve.

La semaine qui a précédé la course, je ne me reconnaissais plus. Je ne cessais de manger mes émotions et de me construire un mur indestructible à l’intérieur. J’agissais avec cette drôle d’impression que j’allais « mourir » la fin de semaine suivante.

Je me suis finalement libérée.

Aussi bizarre que cela puisse paraître, mon premier 160 km aura été pour moi une belle expérience. Je n’ai pas trouvé de pénombre ou d’obscurité au bout de ces 27h30 de course, mais bien le meilleur de moi-même. En fait, je n’ai pas souffert d’une douleur qui fait véritablement mal. J’avais choisi de faire cette course, il n’y avait aucun enjeu important. Je n’avais aucun stress, aucune pression. Il n’y avait que la fatigue physique; une bonne fatigue physique. Je m’imaginais constamment ces moines bouddhistes qui travaillent avec patience à créer une mosaïque immense qu’ils détruisent une fois réalisée. Et je continuais à bâtir le portrait de mon propre défi.

C’est cela réaliser une course d’endurance. C’est se concentrer sur le moment présent et méditer. Puiser au fond de soi la motivation pour continuer. J’ai couru sans montre, sans idée précise de l’heure ni du kilométrage parcouru. Je ne voulais pas savoir où j’étais par rapport à l’ensemble du trajet à accomplir. J’avais trop peur de savoir et de me décourager. Je ne voulais qu’avancer patiemment jusqu’à ce que je franchisse la ligne d’arrivée. Et j’ai finalement eu la chance de pouvoir compter sur des amis extraordinaires qui m’ont soutenu de façon spontanée tout au long de la fin de semaine, en me suivant de ravito en ravito et en m’encourageant avec sincérité. Je fais une bonne vie. Je les remercie.

Je ne me souviens d’ailleurs pas avoir souffert, d’avoir voulu abandonner, d’avoir trouvé ça trop long, même si je sais avoir « cassé » 5 kilomètres avant d’arriver.

Ça m’a fait réaliser à quel point la douleur physique n’est rien à côté de la douleur mentale. Je suis sortie beaucoup plus fatiguée et usée d’expériences professionnelles intenses que de ce 160 km. On ne donne malheureusement pas toujours de médaille à ceux qui réussissent à passer au travers d’importants défis personnels ou professionnels. On le mériterait tellement.

départ de la coursecourse arrivée

4 réflexions sur “Raison 95: Parce que la douleur physique n’est rien à côté de la douleur mentale

  1. Tu es la meilleure Marline… pour courir… et pour exprimer contre toutes attentes les peurs et émotions avant d’atteindre le but ! Mais quel succès. Bravo encore !

  2. Wow! C’est vraiment très inspirant comme récit!! Ça me donne une toute autre image de ce genre de courses! Je suis bien d’accord que la douleur physique n’est rien à côté de la douleur mentale. Je ne fais que des courses de 5 ou 10 km, mais je vois le lien direct entre ma performance et mon état mental! Merci pour ce texte inspirant!

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