Raison 96: Apprendre à affronter ses pires cauchemars

Je vous ai dit, dans mon dernier billet de blogue, que je ne me souviens pas d’avoir souffert, d’avoir voulu abandonner ou d’avoir trouvé ça trop long. En fait, c’est plus ou moins vrai. Si j’ai eu la chance de ne pas avoir de blessure ou de casser physiquement, j’ai vécu l’un des pires cauchemars de ma vie. Ceux dont on ne se réveille pas et qu’on doit confronter seul, sans aide.

Je paraîtrai sans doute ridicule, mais je n’avais pas vraiment pensé que pour courir 160km, il fallait courir toute une nuit… seule. Ou plutôt, je le savais, mais je n’avais pas réalisé ce que ça impliquait vraiment. Je ne m’entraîne jamais la nuit, sauf peut-être parfois tôt le matin, quand il fait encore noir et que le soleil se prépare à se lever.

Quand je suis entrée, après la section de pentes de ski de Bromont, dans une forêt noire et profonde, très tard le soir, je me suis mise à douter. Puis j’ai aperçu la première paire d’yeux lumineux tout près de moi dans la forêt, à la hauteur d’un grand chien. Mes jambes ont ramolli d’un coup, associant les hurlements de coyotes entendus plus tôt à mes visions nocturnes. Et je me suis mise à paniquer. Je n’avais pas préparé mon cerveau à digérer cette émotion et je me cherchais des arguments rationnels pour me remettre en confiance.

« Les animaux ont plus peur de toi que l’inverse ». Mais alors, pourquoi il ne bouge pas pour se sauver?

« Je n’ai jamais entendu parler d’un coureur attaqué pendant un course ». Mais c’est peut-être parce qu’il n’y en as pas beaucoup de courses de ce genre encore au Québec!

« Un coyote seul (ou un loup?) n’attaque pas l’être humain ». Mais trois paires d’yeux ensemble peut-être que ça se peut!!!!

Je n’ai trouvé de mieux à faire que de crier en courant, comme une déchaînée, espérant à la fois faire peur aux animaux et me faire entendre d’un coureur qui répondrait à mon appel. Silence. J’ai couru ainsi 3 à 4 heures, à crier toute seule des chansons, l’alphabet et je ne sais plus quelle série de chiffres, de lettres et de sons.

Je courais dans le noir avec une lampe frontale médiocre qui faisait des jeux d’ombre dans le sentier et je me faisais peur à moi-même.

Quand je suis arrivée au prochain ravito, je me suis mise à pleurer. Je venais de vivre une crise de panique intense qui m’aura fait pleurer pendant plusieurs jours encore après la course. Cet épisode aura été le plus gros défi de ma fin de semaine et c’est celui auquel je n’avais pas pensé. Celui pour lequel je ne m’étais pas préparée.

Cette semaine, je suis allée m’entraîner le soir dans le centre de ski à côté de chez moi, dans la forêt où il fait aussi parfois très noir. J’avais encore très peur. Au départ, je voulais faire deux tours de 5km. Au premier tour, j’ai crié en entendant une perdrix bouger. J’ai sérieusement voulu arrêter… puis je me suis relancer pour un deuxième tour.

Je suis toujours vivante.

J’ai décidé que j’allais confronter ma peur, celle qui se trouve apparemment dans ma tête, et que j’allais me désensibiliser. Ça prendra peut-être du temps, mais je ne veux pas que ma peur m’empêche de vivre ma passion. Courage.

yeux

2 réflexions sur “Raison 96: Apprendre à affronter ses pires cauchemars

  1. Ooooh! DES paires de yeux!!? Oufff! As-tu accéléré la cadence? J’imagine que la panique prend le dessus sur la douleur, dans des cas comme ça…? Moi, courir la nuit, même en ville ça me fait peur! Dans le bois, j’ose pas y penser…! Un jour peut-être.? Tu es merveilleuse d’avoir pris le taureau par les cornes!!

    • En fait, je n’ai pas eu le choix!! Mais maintenant, il ne faut pas que la peur prenne le dessus sur ma capacité à me réinscrire et à refaire ce genre de défis. Ce sera le prochain défi…😉 Je vais essayer de trouver des trucs!

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