Raison 98: Parce qu’une seule course peut changer le reste de ta vie

Nous étions sur la route pour quelques heures, jasions de choses et d’autres. « Veux-tu un troisième enfant Marline? ». « Un autre enfant? Ouf, non merci. J’aurais sans doute aimé en avoir plein. C’est beau les enfants. Mais les élever est toute une responsabilité! J’ai de la difficulté à en gérer deux. On vient à peine de trouver un bel équilibre tous les quatre à la maison. Je vais me concentrer à faire de mon mieux avec mes deux gars, idée de ne pas m’éparpiller et de tout gâcher »…

La vérité c’est que je ne me sen(tai)s pas une bien bonne mère. Il me semble que je fais tout croche. Je n’ai jamais eu l’instinct maternel très développé, particulièrement avant d’avoir des enfants (que je ne pensais pas vouloir avant de tomber enceinte d’ailleurs). J’ai un style un peu trop « laissez-aller », improvisé, pas très structuré, et je commençais à y goûter avec des enfants de 2 et 4 ans un peu turbulents, très extravertis et qui ont vraiment beaucoup beaucoup d’énergie… Et puis, je m’étais pas mal remise en forme au cours des derniers mois. Je n’avais pas vraiment envie de remettre le compteur à zéro, faire une longue pause et tout devoir recommencer.

C’était un peu plus d’une semaine avant de partir pour San Francisco au début du mois de décembre pour l’une des courses du circuit The North Face Endurance Challenge. Je m’étais inscrite au 80 km de cet événement à la dernière minute. Les billets d’avion étaient vraiment abordables et j’avais besoin de faire une petite trève dans mon train train quotidien, seule, quelques jours, pour me ressourcer, ce que je n’avais presque jamais fait depuis que j’ai une famille. J’ai finalement rejoint un groupe de sympathiques Québécois qui y étaient pour des vacances dans une belle maison typique de cette emblématique ville californienne.

Le plan? Prendre l’avion le vendredi pour arriver le soir même, dormir quelques heures, faire la course le samedi dès 5h am, fêter le samedi soir, me balader un peu le dimanche et reprendre l’avion dimanche soir. Surtout? Profiter des longues heures de déplacement pour me taper Born to run, libérer mon esprit dans les nuages que nous allions traverser en avion, essayer de ne penser à rien le plus longtemps possible, méditer en activant mes muscles et mon cœur sur les falaises ouest américaines, lâcher si possible mon fou après le fil d’arrivée.

J’avais déjà participé à une course du circuit The North Face Endurance Challenge à Bear Mountain, près de New York, en 2014. Celle-ci allait être quelque peu différente. Bien entendu, les paysages ne sont pas comparables, mais il y avait aussi une masse impressionnante de coureurs, et notamment de coureurs dits « élites » venus des quatre coins du monde. Ceux-ci formaient un premier peloton de départ, qui attirait les regards et les « flashs » des photographes.

Il faisait frisquait à 4h du matin au village de course. Comme toujours, je ne savais pas comment m’habiller et j’avais envie de trop en emporter. Trop d’eau, trop de vêtements, trop de Fruit2 et de chocolat, sachant pourtant très bien que c’était les erreurs à ne pas faire. Je me suis intégrée au groupe du 4e départ, qui planifiait réaliser le parcours en 10h, ce qui est bien raisonnable mais loin d’être un exploit. Je ne souhaitais pas me mettre de pression ou réaliser de performance. Drôle à dire, mais j’avais le goût de « relaxer » et de me retirer dans ma petite bulle intérieure.

Je ne me doutais pas alors de ce que j’allais y trouver…

Les premiers kilomètres se sont déroulés dans l’obscurité, dans des sentiers larges du Golden Gate National Recreation Area, qui présentent un certain dénivelé. Les centaines de coureurs qui participaient à l’événement créaient une traînée de petites lucioles lumineuses et silencieuses le long des falaises. J’ai éteint ma lampe et me me suis retournée quelques instants pour admirer cet essaim d’étoiles humaines. On ne voit pas ce genre d’effet dans les courses au Québec, où nous sommes encore plutôt peu nombreux à courir de longues distances de courses en sentiers.

Le sentier longeait la côte au moment où le soleil tranquillement se levait à l’horizon. Les vagues se fracassaient sur la rive et le ciel rougissait. Vivre ces moments était tout simplement magique, un privilège.

Nous avons traversé divers types de forêts, avec des arbres gigantesques, une végétation luxuriante, des odeurs fraîches d’eucalyptus, des sentiers peu techniques qui permettaient de divaguer dans ses pensées et s’évader. Les coureurs se parlaient très peu, probablement parce qu’ils se connaissaient très peu : l’effet impersonnel d’une course de plus grande envergure sans doute.

Je me suis mise à penser à mes enfants et à m’ennuyer de leurs petites faces de tannants; à ces beaux moments d’amour passés avec eux et au plaisir de donner la vie. Kilomètre après kilomètre, les raisons que je me donnais pour ne pas vouloir de 3e enfant ont fini par s’effacer les unes après les autres. Des raisons qui soudain me paraissaient futiles, absurdes et grotesques. Et il ne m’est resté que les joies d’être maman et l’envie de faire de mon mieux avec ce qui m’apporte le plus grand bonheur au quotidien.

J’étais au 50e kilomètre. J’arrivais au ravito au sommet d’une butte surplombant le bord de la mer. « I wanna quit », dis-je au bénévole qui orientait les coureurs. J’étais abasourdie par ma propre idée. Je me suis sentie comme Forrest Gump, qui, au beau milieu de Monument Valley, cesse de courir d’un coup et décide de retourner à la maison. Je voulais me trouver une petite place où m’assoir et contempler la vue en savourant cette nouvelle révélation qui me semblait la plus authentique et la plus proche de mes vrais sentiments.

Mais le bénévole étant un bon bénévole, il me lança : « Are you sure you wanna quit? », en me regardant des pieds à la tête et en constatant très bien que je n’avais pas l’air si mal en point. « It’s really great out there. You won’t regret it, especially the very next kilometers », a-t-il poursuivi. J’ai bu un peu et grignoté, j’ai jeté un œil dans la forêt qui m’attendait et je me suis finalement relancée. J’aime quand même finir ce que j’ai commencé…

Merci cher bénévole. Une vraie chance que je n’ai pas déclaré forfait. C’était effectivement si beau dans cette forêt! Je serais passée à côté d’une des plus belles merveilles naturelles de San Francisco.

Je me sentais si bien avec moi-même tout d’un coup que j’ai fini par piquer 2 ou 3 conversations avec des coureurs, que j’ai côtoyés pendant quelques kilomètres. J’adore jaser et faire des rencontres pendant les courses. Ces liens éphémères qui se créent rendent l’expérience encore plus mémorable et unique.

Et quand j’ai passé le fil d’arrivée, je savais que je n’étais pas venue à San Francisco pour rien. Sans le savoir, je cherchais la vraie réponse à une question qui me tracassait inconsciemment. Le petit cadeau arrivera bientôt déjà, neuf mois plus tard…

« Et si j’étais restée à la maison? »

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